Sortie apnée aux îles à Marseille
Photos de Robert Oltra
Ce dimanche 08 juin 2008 je rejoins Ben à Marseille pour une sortie en mer.
Un instant je crois à la cata', lorsqu'il se met à pleuvoir alors que j'attends tranquillement sur le ponton. Tout compte fait, le soleil fait une percée, et s'installera confortablement pour la journée.
Ben est aux commandes de son bateau et nous traçons direction les îles de Marseille pour finir de caler le bateau sur un fond de 50 m.
Je touche l'eau, guère plus chaude depuis ma dernière plongée à l'enrouleur sur Niolon, il y a 4 semaines déjà...
Décidemment l'été ne compte pas prendre place !
Les conditions sont bonnes, ça change un peu des galères à l'enrouleur, où il nous faut palmer pour trouver des fois qu'une quarantaine de mètres, là où le courant et la houle aussi ne permettent pas une trop grande concentration avant une plongée. Mais ces plongées dites sportives restent importantes pour moi car cela ajoute un stress supplémentaire, des plongées plus dures physiquement et mentalement lorsque l'envie de respirer se fait sentir beaucoup plus tôt sans doute due à l'effort physique pour se rendre sur le spot de plongée :)
Ce jour là, c'était mon premier entraînement en mer et j'achevais par une plongée à -41m, les sensations étaient bonnes au fond avec en plus une petite réserve d'air dans la bouche, donc pas si mal. Le tout pour une visibilité qui n'excédait pas 1 mètre depuis la surface, effrayant non !
Aujourd'hui les conditions sont donc royales, beau temps, pas de houle, aucun courant, juste une mauvaise visibilité 7 ou 8 mètres, pas plus.
Petite immersion sur -25 m et je retrouve les sensations caractéristiques du à l'écrasement de la cage thoracique en profondeur.
Généralement, ma première apnée n'est pas la meilleure à la différence de beaucoup d'apnéistes pour qui la première revêt un caractère presque sacré, ainsi possédant toute les clefs du relâchement, et sans aucun stress, la première apnée est bien souvent la meilleure, me concernant c'est tout bonnement impossible.
J'enchaîne avec un plongeon à -41m et voir si rien ne pêche au fond (filets, méduses...) pour la sécurité de Flo cop qui se prépare en surface avant de s'envoyer en profondeur tout au pince nez. Rien en vue, pour le moment !
Mon corps répond bien, mes jambes aussi, important !, alors je décide de plannifier une plongée max pour ce début de rentrée...à -47m. ce qui est déjà pas si mal pour moi au deuxième entraînement en mer. Je revêts encore ma combinaison 7 mm et 3 kilos de poids à la taille, ce qui est carrément hallucinant, comparé aux autres années l'eau n'est qu'à 17°, j'ai connu un poil plus chaud !
En ce début de période, ma priorité reste au palmage plus qu'au relâchement et je ne parle même pas de la carpe inversée, technique qui consiste à injecter de l'air dans la bouche via un mouvement tonique du diaphragme, pour permettre des compensations qui deviennent plus difficiles en profondeur, quand l'écrasement est plus fort et qu'il vous contraint à la remontée.
Accroché à la corde, je me concentre, fais le vide, respire tranquillement sans chercher à exagérer ou amplifier chaque mouvement de la respiration. Juste le vide. Cette plongée est importante, la profondeur n'est pas négligeable, et cela me permettra d'être en confiance pour les prochaines à venir, surtout si les sensations sont bonnes une fois mon protocole de sortie maîtrisé. Accroché comme une moule à son poteau, je garde en main ce qui me servira à la descente comme guide jusqu'à la profondeur annoncée mais pas seulement, cette corde est en quelques sorte une ligne de vie pour l'apnéiste à la condition qu'il soit longée par un mousqueton à celle ci. Pour ceux qui pratiqueraient encore le poids constant sans cette longe, en cas d'accident il font courir le risque à la sécurité surface et profonde de ne pas pouvoir trouver l'apnéiste au fond ou à mi profondeur lors de la remontée en cas de malaise. Cette longe fixée au poignet et reliée à la corde par un mousqueton est le seul gage pour la sécu surface de pouvoir ramener en surface l'apnéiste inconscient en cas de malaise.
Je vois encore beaucoup trop d'apnéiste s'élancer vers 40 m de profondeur sans cette longe de sécurité. Il suffit d'une fois ! 
Je sors un peu du contexte apnée où tout il est bleu, profond et sensationnel pour un principe de sécurité qui me parait fondamental...tout autant de toujours plonger à deux.
Ma dernière inspiration, je la calcule toujours pour faire en sorte de vider un max d'air dans mes poumons pour permettre une inspiration passive juste derrière, moins stressante, mais c'est bien personnelle.
Je carpe un peu, histoire de bien sentir la pression dans ma cage, entame mon canard, ça y est je suis dans ma plongée. La compensation est régulière, tout semble aller, je sens déjà les 40 mètres à portée de palme, j'entre alors dans une zone qui m'est encore inconnue cette année, pas de stress juste concentré. J'aperçois le plomb, ça me suffit à me relâcher un peu plus, « touch down », et entame la remontée. A ce stade je sais que le plus dur reste à faire, mais aujourd'hui rien ne vient perturber cette belle plongée, mou comme un calamar mon palmage est régulier sauf à deux reprises où je stoppe mon palmage pour m'aider de mes bras. Pourquoi ? Je ne sais pas, sale habitude peut être. Les derniers mètres je me laisse remonter par ma flottabilité positive. J'émerge puis reprend mon souffle. Quel plaisir cette première goulée d'air !
Ben me fait remarquer la présence de sang dans mon masque, je comprends dès lors qu'un vaisseau, au niveau des sinus, vient de pêter durant la descente. Ce n'est pas une chose fréquente chez moi mais cela m'est déjà arrivé notamment lorsque je suis un peu congestionné. Les sinus sont des cavités de la face. Ces cavités sont tapissées d'une muqueuse secrétant un fluide à forte teneur en eau et s'écoulant dans les fosses nasales par un canal très étroit : L'Ostia. Cette eau serre à humidifier l'air que l'on respire.
Si l'Ostia est bloquée durant la descente la muqueuse est aspirée jusqu'à son décollement du à la diminution du volume d'air emprisonné et les capillaires (vaisseaux sanguins) se déchirent.
Si par contre l'Ostia est bloquée à la remontée, il y a écrasement de la muqueuse contre les parois du sinus du à l'augmentation du volume d'air emprisonné.
En somme rien de grave, si toutefois le saignement venait à persister, il est préférable de stopper l'entraînement et rincer à l'eau les fosses nasales.
Je n'irai pas plus loin pour aujourd'hui, ce n'est déjà pas si mal. Au plaisir de replonger bientôt dans les entrailles de la mer :)